Discours d’ouverture du LAB par Eric Bazin, Fondateur

Madame,
Monsieur,                         Logo LAB

Chers Amis,
Partenaires Africains,

Je suis très heureux de vous accueillir à l’Hôtel de l’Industrie en cette journée d’ouverture de ces secondes rencontres du Land of African Business, Le LAB.
Vous confesser combien toute notre équipe se réjouit de vous compter parmi nous, relève d’une délicieuse évidence.

En 2015, pour la 1ère édition du LAB, pendant la COP21, nous avons reçu plus de 3 500 personnes, chefs d’entreprises enthousiastes, experts mobilisés, étudiants motivés, femmes et hommes politiques appliqués, témoins fascinants. 72 start-up venues du continent africain – entièrement prises en charge grâce aux soutiens de nos partenaires, ATOS, Engie, Canal +, la SEIN, GYIN, CFAO, la Fondation Hirondelle, symbole d’une innovation assumée, nous ont présentés leurs Business Models.
A ce titre, je vous invite à consulter les recommandations qui ont émergé de ces huit journées exceptionnelles sur notre site Internet : www.lelab.info.
J’en profite pour vous informer que cette année Le Livre Blanc sera rédigé par 7 jeunes étudiants de l’Association Science Po Afrique, l’ASPA.

Il est un exercice de mon métier de journaliste que je goûte tout particulièrement, la revue de Presse. Le week-end dernier je me livrai à cette lecture en diagonale d’une presse d’habitude dithyrambique à l’égard d’une Afrique en marche, louant cet eldorado naissant pour celui qui veut bien entendre les sirènes d’un continent trop souvent considéré sous ces aspects miséreux…et puis Oh surprise je tombe sur la tribune de Hamidou Anne, collaborateur de l’un de nos fidèles soutien : le think tank L’Afrique des Idées.
Intitulé « Non, l’entrepreneur ne changera pas l’Afrique », le chroniqueur explique que le discours sur-médiatisé qui place l’avenir du continent entre les mains des entrepreneurs est une supercherie.

Il m’est donc venue l’idée de confronter cette logorrhée revendicatrice avec les admonestions bienveillantes de Jean-Michel Severino et de son directeur général adjoint d’I&P, Jérémy Hajdenberg, dans leur dernier ouvrage, « Entreprenante Afrique »…

Pour ces derniers « la vision – trouble et double – d’une Afrique émergente s’est affirmée dans les cercles d’investisseurs. Même si les afro-pessimistes confirment l’impact négatif sur le taux moyen du PIB de l’Afrique- passé à 3,4% en 2015 contre 6% depuis 5 ans – dû à l’effondrement récent des cours du pétrole et des matières premières minérales. Mais, et c’est là où la confrontation me semble intéressante, les auteurs magnifient l’émergence des entrepreneurs africains.
Face à cet optimisme que d’aucuns qualifieraient de complice – je vous rappelle pour autant que I&P a mis en place le 2 juin dernier, à Abidjan, un fonds intitulé IPDEV 2 de 20 millions d’euros à destination de dix pays, sur les dix prochaines années – Hamidou Anne oppose alors « un soutien déplacé d’un discours suranné sur l’entreprenariat comme solution miracle aux problèmes du continent. Discours naïf, faux et redondant ! Qualifiant cet ersatz de revendication pris par chacun, de nouvelle trouvaille d’un système néolibéral qui, à chaque époque, pour asseoir encore son emprise sur les sociétés, trouve de nouveaux instruments d’égaiement des peuples…Bénéficiant d’une hyper médiatisation, la mode de l’entreprenariat africain prend le pas sur le rôle du politique » selon le chroniqueur… « Les « narrateurs de l’entreprenariat se réunissent dans des manifestations financées par des multinationales, reçoivent des prix pour des idées innovantes mais qui ne verront jamais un début d’exécution, se congratulent sur les réseaux sociaux et attendent le jackpot ». Et de conclure : « leur discours mielleux est à l’image de leur contribution à la marche de nos sociétés : un vide sidéral ! »
Je partage néanmoins les idéaux de notre ami chroniqueur quand il dit « les hommes politiques appuient cette mode car ils trouvent grâce à un discours qui les déresponsabilisent de leur rôle crucial d’établir des conditions de vie décentes pour leur populations par l’éducation et le travail » et c’est bien uniquement là où, personnellement, je le rejoins !
Jean Michel Severino renchérit en souhaitant « ne pas désirer l’émergence d’une équipe nationale, mais de travailler ensemble ! ».
L’entrepreneur est différent – et non pas supérieur ou inférieur comme le proclame Hamidou Anne – au fonctionnaire, ni au politique.
Mais de vous à moi, l’Afrique a-t-elle besoin de politiques aujourd’hui ?
Evidemment, mais de politiques responsables !!!

Oui les Afriques ont besoin de femmes et d’hommes politiques différents…de ceux qui appartiennent à cette génération à laquelle on croit au LAB.
Celle que vous représentez !
Celle que vous incarnez !
Celle que vous espérez !
Celle en qui nous avons confiance !
Celle qui ne tend plus la main vers des puissances occidentales dépassées…
« Il n’y a pas de primauté à l’action publique sur le reste », comme l’affirme Hamidou Anne.
Il y a juste des convictions que vous incarnez !
Que vous vivez au quotidien…dans vos difficultés à entreprendre…mais comme partout ailleurs dans cet univers mondialisé.
Et là je reviens à Severino et Hajdenberg. Aujourd’hui le PIB du continent africain se résume à celui de la France. Il y a dix ans il correspondait à celui du Benelux. Mais dans 30 ans, soit un peu plus d’une génération, la vôtre, il égalera celui de l’Union Européenne ! Sa population avoisinera 2 milliards d’individus. Vous êtes l’avenir de notre civilisation…à une condition…que vous en soyez convaincu mais surtout que vous en soyez les responsables !
Vous écrivez l’Histoire de votre continent !
Celui qui a dit que l’Homme Africain n’était pas rentré dans l’Histoire n’a aucune chance de concourir à l’élection présidentielle française…et pourtant certains dirigeants africains espèrent son retour. Pourquoi ?
Pour reproduire une France Afrique vulgaire et déplacée…
L’Afrique ça n’existe pas « déclare le secrétaire exécutif du Nepad, Ibrahim Mayaki, « cette vision à quatre siècles ! ».
Vous êtes cette génération de bâtisseurs. 72 % des jeunes africains aujourd’hui déclarent être attirés par l’entreprenariat. Tant mieux ! Encore faut-il l’assumer !

Le complexe du colonisé est obsolète. Que les jeunes africains qui reçoivent des aides pour créer leur entreprise ne se fourvoient pas en achetant une voiture, et gagnent les centres villes, ou se perdent dans des éblouissements destructeurs.
Le retour à la terre est essentiel. Et ce n’est pas parce que le sol, qui a permis à vos parents, vos grands-parents, de vivre heureux, connoté terre d’esclavage, et qui aujourd’hui constitue le salut d’une Afrique terre d’élevage, de cultures agraires, vous semble, pour certains terres de déni. Cette terre doit être considérée différemment, il vous est demandé d’effacer aujourd’hui cette Histoire !

Vous ne devez ignorer que les IDE – Investissements Directs Etrangers – en Afrique ont augmenté de 7% par rapport à 2014. 771 nouveaux projets d’IDE ont été recensés, générant 148 695 emplois. C’est une goutte d’eau comparé aux 18 millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail…L’Afrique apparait comme l’une des deux seules régions du monde à avoir bénéficié d’une croissance du nombre de projets IDE en 2015. L’Afrique du Sud, le Maroc et le Kenya dans l’ordre ont bénéficié de cette manne.

Mais ce qui m’a le plus surpris est que l’Italie est le champion des investissements en Afrique pour les IDE, avec 7,4 milliards de dollars. Les Etats-Unis sont leaders quant au nombre de projets avec 96 initiatives.
Il faut aussi intégrer les secteurs privilégiés par ces mêmes investisseurs : les télécoms, les médias-technologies, les produits de consommation et distribution et enfin es services financiers.

Et c’est là que je retrouve notre ami Hamidou qui dit : « la jeunesse diplômée qui se dit entreprenante n’est pas uniquement attendue dans la recherche du profit maquillée en une hypothétique orientation dite « sociale » mais dans un engagement politique avec éthique détermination et responsabilité »

Et que j’embrasse bien volontiers les rêves animés de Jean-Michel Severino quand il conclue son ouvrage en expliquant que « il faut que les gouvernements africains donnent une impulsion politique forte, dessinant un modèle de croissance par les entrepreneurs et leurs entreprises, loin de modèles de partage des rentes, ce qui constitue au fond un choix de société »

L’Afrique a besoin de cette jeunesse revigorante, rafraichissante, innovante…

Vous l’incarnez…
Parce que même si grâce à cette période de croissance que vient de vivre le continent, malgré les guerres, les élections tronquées, voire volées, et surtout le mépris toujours présent de démocraties occidentales qui n’ont que l’hypocrisie à vous témoigner aide et soutien, l’espérance de vie a progressé de 7 ans depuis 2003, que le taux de pauvreté a baissé de 10% depuis 1996, vous restez profondément pauvres !

Juste une statistique : l’espérance de vie n’est aujourd’hui que de 60 ans sur le continent africain et le taux de pauvreté demeure à 47%…

Alors oui, j’affirme, au risque de contredire Hamidou Anne, que les entrepreneurs sont l’avenir de ce continent que nous espérons terre d’avenir, dont nous aimons les femmes, les enfants et les hommes qui chaque jour le rendent encore plus beau, plus fort et plus évident…dans notre univers. Car ce qui manque à certains d‘entre nous aujourd’hui, ce n‘est pas d’être convaincu que l’Afrique fait partie de nous, mais c’est de le vivre…de l’intégrer !

Vivons chers Amis cette Afrique qui nous tend les bras…
Vivons ensemble…Noirs …Blancs Quelle que soit la couleur de nos peaux, nos aspirations religieuses, notre identité culturelle…
Soyons ensemble pour ce qui est à construire…Un équilibre de vie commun !

Alors une fois passé cet exercice inaugural entre Hamidou Anne et Jean-Michel Severino je vous invite à vivre avec les équipes du LAB notre programme…

Nous accueillerons donc de nombreuses délégations dont celle du Cameroun dès ce matin, du Mali demain après-midi avec la perspective et les enjeux du Sommet Afrique France de janvier prochain…
Nous vous proposerons aussi trois superbes soirées
Et d’abord aujourd’hui avec une soirée Arts et Cultures Africaines
Vendredi une soirée Spécial Start-up avec l’ensemble des 37 jeunes entrepreneurs africains que le jury des ARA a sélectionné pendant l’été et surtout l’annonce du lancement de GYIN Europe.
Enfin la soirée de remise des Prix des African Rethink Awards dimanche à partir de 17.00

Et puis je voulais rendre hommage à toute l’équipe du LAB…Sonia, Catherine, Indira, Madousse, Imane, Alexandra, Léa, Tristan, qui a travaillé depuis six mois sur des thématiques comme l’accès aux énergies en zone rurale, l’économie numérique accélérateur de l’essor du continent africain, les jeunes ruraux et l’accès à la terre…

Enfin, je ne saurai que vous encourager à venir découvrir les start-up qui pitcheront leurs Business Models à partir de samedi matin, 10.00.
A n’en pas douter, parmi eux, des dirigeants de demain !

Voilà en quelques mots ce que je souhaitais vous confier…et bien sûr, vous remercier d’être avec nous, sur ces chemins magnifiques qui nous mènent – ou nous ramènent suis-je tenté de dire – vers l’Afrique.

Eric Bazin, Fondateur du LAB